… L’économie
La grande dépression
L’explosion du prix du pétrole, et des matières premières, l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat affolent les économistes du monde entier. Si la France résiste, une dépression généralisée s’est néanmoins emparée d’elle. Qu’en est-il réellement ?
Le malaise est mondial. La crise des « subprimes » déclenchée l’été dernier aux Etats-Unis a fait tâche d’huile et a semé le trouble partout dans le monde. La France n’y a pas échappé. Son économie s’en ressent et les perspectives ne sont pas réjouissantes.
Les statisticiens de l’INSEE annoncent un ralentissement de la croissance française d’ici la fin de l’année – 0,2% de croissance pour le trimestre qui vient de s’écouler et respectivement, 0% et 0,2% pour les deux suivants – et prévoient un taux qui ne dépassera pas 1,6%, contre 2,2% en 2007 et 2006. Christine Lagarde, Ministre de l’économie, juge ces chiffres « extrêmement pessimistes ». Le Gouvernement table, en effet, sur un taux de croissance minimum de 1,7% et espère bien atteindre les 2% d’ici décembre. François Fillon, quant à lui, est optimiste mais pragmatique : confirmant ces prévisions de croissance, il reste ferme sur le budget de l’Etat et supprimera, l’an prochain 30.000 postes de fonctionnaires, n’en remplaçant qu’un sur deux. Malheureusement, la coupe franche est prévue sur l’éducation nationale., a-t-elle regretté le 29 juin, lors du « Grand jury RTL-LCI-Le Parisien ». « Soyons très rigoureux dans la conduite du bateau », a-t-elle ajouté.
Un contexte alarmant
L’institut de statistique met en garde. La situation économique mondiale ne laisse pas de place à l’optimisme. L’inflation est élevée, et continue d’être alimentée par le prix du baril de pétrole – le brut atteignait un nouveau record, début juillet, à 145$ – et de celui des principales denrées alimentaires. L’inflation mondiale a atteint plus de 3,2% sur l’année, chiffre jamais atteint depuis 1991.
Selon les chiffres du ministère de l’Economie, des finances et de l’Emploi (MINEFE), le pouvoir d’achat du salaire mensuel de base a enregistré une baisse de 0,4 % sur un an, de mars 2007 à mars 2008. Et ce n’est pas la hausse de 0,9% du SMIC – dérisoire – qui pourra y remédier. Du côté des marchés boursiers aussi, le tableau est sombre. Le Cac 40 a atteint, mardi, son plus bas niveau depuis juillet 2005, pour une perte totale de 24,21 % depuis début 2008. La bourse dégringole, indice grave d’une crise de confiance. Plus globalement, le déficit commercial de la France a enregistré en mai sa plus mauvaise performance mensuelle depuis une dizaine d’années à 4,738 milliards d’euros contre 3,739 milliards en avril – chiffres publiés par les douanes –. Sur les douze derniers mois, le déficit cumulé atteint 45,603 milliards d’euros. Hausse des importations et baisse des exportations, le signal est inquiétant. Certains y voient la conséquence d’un ralentissement des investissements des plus grands partenaires commerciaux de la France. Doit-on donc avoir peur d’une éventuelle « stagflation » (faible croissance et forte inflation) ?
La France résiste… pour combien de temps ?
Christine Lagarde écarte cette éventualité. En 2007, l’inflation a atteint environ 1,5% en France, elle sera en 2008 « quelque part entre 2 et 3% (…), mais de toute évidence, on aura de la croissance », a déclaré la Ministre de l’Economie invitée de La Tribune/BFM TV/DailyMotion. Pour Laurence Parisot, « Nous avons ces deux risques en même temps : celui du ralentissement de la croissance, voire de récession, et celui déjà très perceptible d’une hausse forte de l’inflation. ». C’est à ce terrible dilemme que les autorités monétaires sont confrontées : gérer le ralentissement de l’économie mondiale, en baissant les taux d’intérêt ou maîtriser le dérapage de l’inflation, en les relevant. Choix cornélien donc, face à ces remèdes diamétralement opposés. Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne (BCE), ne se laisse pourtant pas détourner de la mission qui lui a été confiée: maîtriser la spirale inflationniste, un point c’est tout. Ainsi, le 3 juillet dernier, il augmentait le principal taux de référence européen d’un quart de point, à 4,25 %. Le risque : faire encore augmenter l’euro face au dollar – le taux d’intérêt directeur des Etats-Unis s’établit à 2% – et ralentir un peu plus l’économie des pays de la zone euro. Quoiqu’il en soit, la France atteindra son objectif d’un équilibre de ses finances publiques à l’horizon de 2012, a déclaré le Ministre du Budget Eric Woerth. Quatre années en stagflation ?
Faustine Calmelet
Encadré
Décomposition des effets de la hausse du prix du pétrole et de l’appréciation de l’euro entre 2002 et 2007
Écarts en points de %
Impact sur la croissance moyenne 2002-2007
Effet de la hausse du prix du pétrole à parités fixes - 0,2
Effets de l’appréciation de l’euro :
- perte de compétitivité - 0,7
- effet protecteur/hausse du prix du pétrole + 0,2
- prises en compte de la politique monétaire + 0,3
Total des effets de l’appréciation de l’euro -0,2
Effet global -0,4
Lecture: L’effet global joint de la hausse du prix du pétrole et de l’appréciation de l’euro entre le premier trimestre de 2002 et le quatrième trimestre de 2007 a conduit en 2007 à un PIB inférieur de 2,4% à ce qu’il aurait été toutes choses égales par ailleurs. Cela correspond à une perte de 0,4 % de croissance par an.
Source : INSEE