… L’International: Le Candidat Obama
Barack Obama : La naissance ou la fin d’un rêve américain ?
Après avoir remporté les primaires contre Hillary Clinton, Barack Obama, en tête des sondages, est le grand favori dans la course à la présidence. Et ce malgré ( ou à cause de) la situation très difficile des Etats-Unis.
C’est dans une situation calamiteuse et une crise morale sans précédent que Barack Obama a remporté les suffrages du camp démocrate en attendant Novembre 2008 et la confrontation finale avec John Mac Cain, gardien de la réaction façon Bush et champion des valeurs traditionnelles corrodées de la Grande Amérique.
La crise économique qui sévit en pleine mondialisation, avec le scandale des « subprimes » et un chômage qui s’étend comme une grande fièvre, ne ressemble pas tout à fait à celle qui avait foudroyé le pays en 1929. Elle s’accompagne d’un désarroi collectif que rien ne semble pouvoir guérir sinon l’oracle d’un nouveau messie, métis et peut-être musulman (Il s’appelle Barack Hussein Obama) bien qu’il s’en défende avec force, et parle même de diffamation – ce qui ne laisse pas de choquer ses premiers supporters, aujourd’hui ostensiblement écartés, de la communauté musulmane de Chicago.
« Un chrétien dévoué »
Après le 11 Septembre 2001, et la phobie de l’intégrisme terroriste musulman qui en est résultée, était-il quoiqu’il en soit envisageable pour les Etats-Unis d’élire un Président musulman ou qui s’afficherait comme tel ?
Le Figaro rapporte que juste avant le début de sa campagne, son porte-parole a diffusé un communiqué précisant que « le Sénateur Obama n’a jamais été musulman, n’a pas été élevé comme un musulman, c’est un chrétien dévoué.. ». Et si ce n’était pas vrai, il faut se souvenir que Paris vaut bien une messe…
Même Hillary Clinton son ancienne adversaire acharnée, qui s’est ralliée, faute de mieux à son panache blanc si l’on ose dire, indique qu’à sa connaissance Barack Obama n’est pas musulman. Stratégie électorale oblige.
Une crise tant extérieure que surtout – intérieure :
A cela plusieurs raisons et notamment la récession marquée par un dollar historiquement faible et la hausse du prix du pétrole avec pour corollaire, la montée de la criminalité et de l’insécurité,
La faillite d’un ultra libéralisme qui produit de la pauvreté à grande vitesse et enrichit les plus riches en instaurant une ploutocratie qui a détruit pour longtemps le mythe de la prospérité pour tous,
La perte de prestige de l’administration Bush face à une Amérique toujours sous le choc du 11 Septembre
L’enlisement de la guerre en Irak – quoiqu’en meilleure posture ces derniers temps – ,
Le réchauffement climatique, résultante d’un laisser-faire, laisser passer à outrance,
Et la menace nucléaire iranienne cruciale pour le sort du conflit israélo-palestinien, enfin, la montée en puissance de la zone Euro, de la Chine et de l’Inde et la présence insistante sur la scène mondiale, de la Russie..
Autant de brûlots que les dirigeants politiques ne maîtrisent pas et qui ont ouvert à n’en pas douter une voie royale à l’investiture de Barack Obama malgré son inexpérience des affaires du pays.
Tout simplement parce qu’il a réussi, avec les moyens de communication modernes dont Facebook et myspace chers aux internautes, à porter un message, à l’instar des évangélistes dont il veut rallier les fidèles, tout en se voulant avant tout pragmatique.
Où est donc le rêve américain, celui dont on a dit : « They call it the american dream because they have to be asleep to believe it » (On l’appelle le rêve américain car il faut être endormi pour y croire.) Et pour cause. Avec la baisse brutale du niveau de vie de 90% d’américains, toutes les certitudes sont foulées aux pieds, et avec elles, les valeurs républicaines représentées par John Mac Cain. Martin Luther King avait, lui aussi, un rêve célèbre, et sans doute si le jeune Sénateur de l’Illinois devait l’emporter, pourrait-on croire qu’il a enfin été exaucé à titre posthume, en sa qualité tant revendiquée de noir américain.
On remarquera toutefois que Barack Obama était absent lors de la commémoration consacrée au leader noir assassiné en 1968. Son silence gardé était assourdissant.
Pourtant, si lui est métis, né d’un kenyan et d’une blanche, et s’abstient manifestement d’en porter trop haut le flambeau, sa femme, elle, est totalement, irrémédiablement, noire. Il y a encore peu, une première dame noire à Washington eût été une fiction voire une impossible gageure. Beaucoup le pensent certainement encore à l’exception peut-être de ceux qui ayant lu Roots, roman emblématique d’Alex Haley sur l’esclavage, en sont restés tétanisés, étreints de révolte. Avec le fardeau d’une immense culpabilité. On ne peut ainsi nier que l’avènement d’un tel Président changerait l’image des Etats-Unis aux yeux du Monde.
Soucieux de fédérer, le candidat OBAMA prône la réduction de la fracture raciale et l’union sacrée. Un discours auquel il veut résolument convertir.
Certes, il s’agit de rallier les électeurs de tous bords, mais que pourront son éloquence et son équipe de choc face aux difficultés bien réelles que son mandat aura à affronter ?
Qu’en sera-t-il de la vice présidence, enjeu si convoité des alliances électorales.
Depuis le meurtre de J.F. Kennedy et la venue au pouvoir du vice-président Lyndon Johnson en 1963, on sait qu’une telle désignation n’est ni virtuelle ni anodine.
Un nouveau « New deal »
Aux anciens credos, Barack Obama a substitué sa formule magique « Yes we can ». On repense alors à la foi des immigrants d’Elia Kazan dans America, America, quelque chose qui tient avec passion de l’aventure humaine universelle. Peut-être aussi, car on ne peut s’empêcher d’évoquer la grande dépression, au new deal et à un Franklin Delanoe Roosevelt revisité et relooké en Brummel.
Quand la gabegie et la déréliction atteignent un niveau critique, que promettre en effet de mieux qu’un avenir d’espérance qui a de surcroît les traits d’un homme séduisant et charismatique, incarnant la jeunesse? Sur médiatisation aidant, le but déclaré de Barack Obama est de devenir le prince charmant de toutes les ménagères et pas seulement des élites – au moins pendant la campagne électorale. Mais ensuite ?
La réalité résiste aux contes de fées même si, avec un pronostic économique pourtant si réservé, une grande partie des américains et l’Europe dans son ensemble paraissent plébisciter Barack Obama et le tenir pour vainqueur assuré de son tournoi avec le sénateur de l’Arizona.
Exactement comme si, dans cette situation de crise, les électeurs américains n’avaient pas vraiment le choix…
Axelle Bergé
